Comment fume-t-on au Vietnam?

« T’en aurais pas une ? ». Expression d’initié qui souhaite en taper une pour pouvoir s’en fumer une ! Sauf que l’invitation peut faire un tabac…

Même si je n’ai jamais suçoté le mégot de ma vie, j’ai plusieurs fois été contraint d’assister aux rites d’enfumeurs patentés. Le plus étonnant, pour moi, a toujours été de voir la capacité de quelques grammes de nicotine à créer du lien social.pipe a eau

En effet, il suffit que l’intoxiqué de la clope repère quelques doigts jaunis, un paquet de cigarettes dépassant d’une poche ou l’une d’entre elles fichées entre deux lèvres, pour qu’il s’approche du propriétaire d’icelle et lui demande d’un ton cordial : « T’en aurais pas une ? ». Formule magique qui conduit le tapé à tapoter son paquet pour en extraire une tige et l’offrir à son interlocuteur qui, en d’autres circonstances, serait considéré comme un fâcheux, et qui, pour l’heure, se transforme en pote de rencontre !

Fabuleux pouvoir du tabac qui crée une connivence fumeuse entre des personnes qui s’ignoraient quelques secondes plus tôt. Cependant, depuis que je vis au Vietnam, je n’ai jamais eu l’occasion de voir ce genre de rituel social, que ce soit dans la rue ou dans des estaminets réservés à l’assouvissement de l’addiction tabagique (sauf quand des Occidentaux se trouvent dans la transaction). Serait-ce que le Vietnamien se calamine les poumons en égoïste ? Que nenni, mais pour s’envoyer de la fumée dans les bronches de façon conviviale, il dispose d’un instrument particulier : la pipe à eau (« điếu cày »).

Paix des sens

Quelques années en arrière… Je fais découvrir le Vietnam à des amis médecins qui avaient fini par succomber à mon travail de lavage de cerveau : « Pays merveilleux, fabuleux, extraordinaire, à voir au moins une fois dans sa vie, etc. ». Après les avoir anéantis lors de longues promenades dans la ville grouillante et bruyante, je leur fais retrouver la sérénité au cœur de la campagne vietnamienne. En quelques heures, nous sommes dans un paisible village montagnard, loin des pots d’échappement et des trottoirs encombrés. Vision bucolique de papillons multicolores qui dansent avec les libellules presque sous notre nez. Douce musique des trilles d’oiseaux bleu-argent, à peine masqués par les feuillages des grands canneliers. Sourires accueillants des villageois qui s’affairent à leurs tâches quotidiennes, sans être troublés outre mesure par l’apparition de ces Occidentaux au grand nez. Un bonheur quasi parfait en quelque sorte, jusqu’au moment où l’hospitalité proverbiale du Vietnamien nous amène à gravir l’escalier de bois d’une maison sur pilotis…

Assis en rond sur une natte de bambou, nous devisons avec un honorable vieillard, le maître des lieux, tandis que son épouse berce notre conversation au rythme du cliquetis de son métier à tisser. Sa fille s’active à nous servir un thé vert, froid et un peu âcre. Un bébé dort dans un berceau en osier suspendu au plafond. De temps à autre, lâchant sa navette, d’une tape, la grand-mère imprime un roulis au berceau. Effet dissuasif sur un éventuel réveil précoce du nourrisson ! Moments de paix que l’on aimerait prolonger indéfiniment…

Notre papotage est soudain interrompu par l’arrivée du gendre qui vient nous saluer d’une chaleureuse poignée de main, rendue calleuse par le travail en rizière. L’accueil familial prend alors une toute autre tournure. Une jarre d’alcool de riz, tirée de derrière les fagots, vient prendre place sur la natte. De petits verres remplacent les tasses de thé, et des « Chúc sức khỏe » (Bonne santé !) sonores explosent dans l’air, qui finissent par réveiller l’enfant. Tandis que la mère se précipite pour calmer le petit en lui proposant un sein sur lequel il se jette goulûment, le père nous propose de téter le « điếu cày » !pipe a eau

Un tube de bambou d’une hauteur d’environ 50 cm, avec une ouverture à l’une des extrémités, apparaît entre ses mains. À quelques centimètres de l’extrémité opposée, une sorte de petit fourneau évasé émerge du tube de bambou. Avec un sourire, dont nous aurions dû savoir qu’il masquait une certaine satisfaction à assister à ce qui va suivre, notre Pygmalion commence par rouler une petite quantité de tabac (thuốc lào) dans sa main avant de l’introduire dans le petit fourneau. Il porte alors l’extrémité ouverte du bambou à sa bouche et allume le tabac avec un bâton de bambou tout en aspirant. On entend le bruit du gargouillis de l’eau à l’intérieur de la pipe, qui permet de filtrer la fumée. Lorsque tout le tabac s’est consumé, notre fumeur renverse la tête en arrière et exhale lentement la fumée par la bouche. Son air extatique donne à montrer tout le plaisir qu’il éprouve à apprécier l’arôme du tabac…

Tenter l’expérience

Puis, il nous tend la pipe pour que nous puissions, nous aussi, partager ce plaisir. Refusant poliment son offre, je remets l’instrument à un de mes invités qui accepte de tenter l’expérience. Avec un entrain, non exempt de courtoisie vis-à-vis de notre hôte, il aspire de tous ses poumons. L’appel d’air est tel que le tabac enflammé dans le petit fourneau se transforme en supernova : il rougeoie en une seconde et, après un bref flamboiement, se transforme en cendres grisâtres…

L’eau semble crépiter dans la pipe, comme sous l’effet d’une ébullition subite, et la fumée jaillit comme un geyser dans des bronches occidentales néophytes en la matière. Et là, sous nos yeux stupéfaits, le civilisé homme de médecine que nous connaissons se transforme en une espèce d’homme-médecine primitif, crachant de la fumée par tous les orifices d’un visage tour à tour, pourpre, blanc, puis vert. Vacillant sur son séant, il émet des toussotements, suivis de borborygmes incompréhensibles pour lesquels nous hésitons entre appels à l’aide ou dernières volontés ! Son regard vitreux perd peu à peu toute humanité, s’évadant dans des limbes que seule peut ouvrir l’addiction à certaines substances hallucinogènes. Il faudra quelques minutes pour que, d’une main tremblante, il engloutisse d’un seul coup un verre d’alcool de riz, avant de pouvoir nous narrer sa fumeuse expérience. Et ce sous les esclaffements de nos hôtes ! Je suis même certain que le bébé rigolait entre deux succions mammaires.pipe a eau

Depuis, ces rires, je les ai toujours retrouvés à chaque fois qu’un Occidental s’avise de vouloir montrer que lui aussi sait fumer la pipe ! Certain du résultat, je me garde bien de l’en dissuader. Sans doute pour lui apprendre l’humilité, et lui montrer qu’un fumeur peut toujours rencontrer plus fumé que lui ! Parfois, j’entend dire que le tabac n’est pas étranger à cette réaction broncho-dilatatoire et neurophysiologique excessive… Détrompez-vous, le tabac n’y est pour rien, d’autant que l’eau fait aussi office de filtre ! Ça ne vous arrive jamais d’avoir la tête qui tourne quand votre médecin vous demande d’aspirer fortement ? Et encore, dans ces conditions, ça se passe sans fumée !

Alors, maintenant, quand vous verrez un Vietnamien tirer sur le « điếu cày » après son repas, tournez plusieurs fois la langue dans votre bouche avant de dire « T’en aurais pas une ? ».

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